Origine du karaïsme

 

Les pharisiens¹ contrairement aux sadducéens² ont toujours soutenu l’idée d’une loi orale ( par définition non écrite), cette loi prendrait son origine avec Moïse lui-même qui, après avoir reçu les tables de la Loi sur le mont Sinaï et en avoir réalisé plusieurs copies pour les dignitaires, la « transmet » à Josué, qui la transmet à son tour à ses successeurs spirituels et ainsi de suite jusqu’à la Grande Assemblée, ancêtre du Sanhédrin. Pour le judaïsme rabbinique (appelé ainsi par les juifs karaïtes), il n’est pas possible d’appliquer les préceptes bibliques sans passer par l’interprétation que les Sages en ont faite. (cf Deut 17 8-11).

 

Un petit peu d’histoire :

Après la deuxième destruction du Temple, les successeurs des pharisiens, les docteurs de la Loi, portent désormais le titre de rabbi (littéralement « mon maître » en hébreu) et prennent en main le destin de la nation. Ils créent un judaïsme sans temple et ouvrent des académies à Yavné, puis en Galilée, afin de se livrer à un travail d’interprétation de l’Écriture suivant des canons d’herméneutique qui s’affinent progressivement et mettent en ordre les traditions transmises.

Lorsque les circonstances politiques agitant la Judée au 2 ème siècle menacent la pérennité de cet enseignement, il est décidé de procéder à la mise par écrit de celui-ci. Ces travaux sont consignés dans les recueils dits ‘Midrachei Halakha’, qui offrent un commentaire des textes législatifs du Pentateuque, verset par verset.

On considère généralement qu’aux alentours du ier siècle, la rédaction des premiers écrits rabbinique est entamée, les lois et leurs interprétations étant organisées non plus par verset biblique mais par thème. Elle est clôturée par Rabbi Yehouda Ha-Nassi, aux environs de 200 de l’ère chrétienne.

Du 3e au 5ème siècle, les rabbins (désormais appelés Amoraïm et non plus Tannaïm) se donnent pour tâche d’élucider les textes de la Mishna, de les commenter, d’en rechercher les sources bibliques et d’en concilier les contradictions apparentes, et cela tant en Palestine qu’en Babylonie. La rédaction du Talmud s’achève aux environs de l’an 500 de l’ère chrétienne.

Les saducéens se sont toujours opposé à une loi orale, étant fortement liés au Temple de Jérusalem, sur lequel reposait l’autorité des Grands-Prêtres, ils disparurent après sa destruction, mais le Talmud fait quelques allusions à leur doctrine.

Ainsi le Karaïsme ne se développe réellement qu’au 8 ème siècle, en effet comme vu ci-dessus plusieurs groupes s’opposé déjà auparavant au talmud et aux enseignements rabbiniques.

Anan ben David a réussi à regrouper ses différentes oppositions pour en former une seule : le Karaisme (qara signifie lire, écrire, bnei miqrah : les enfants de l’Ecriture)(cf histoire d’anan ben david)

Il est fondé sur la seule Miqra, c’est-à-dire la Bible hébraïque et le refus de la Loi orale. Il est donc en opposition au judaïsme rabbinique.

Le karaïsme connaît un âge d’or du 9e siècle au 11e siècle et aurait, selon certaines sources, été adopté par 40 % de la population juive mondiale, aussi bien en Europe que dans le monde arabe. Son influence décline ensuite progressivement mais des communautés se maintiennent au Caire, en Crimée et ailleurs. 

Arguments contre la loi orale :

  • Dieu recommande expressément dans le Deutéronome de ne rien ajouter ni retrancher à la Torah.
  • Dans Shemot 24 :12 il est mentionné : « la Tora et la commandements que j’ai écrites » (c’est à dire, la Tora et l’ensemble des mitsvot que Dieu à écrites), ce qui ne peut impliquer une transmission orale de la Torah
  • Le deuxième livre des Chroniques indique que la Torah avait été perdue et que le peuple d’Israël s’était retrouvé sans Torah cinquante ans durant, dans le second livre des Rois 22:8 qu’un rouleau de la Torah fut retrouvé. Les karaïtes doutent que la Torah orale ait pu se conserver alors que la Torah écrite elle-même avait été perdue.
  • Les écrits de la Mishna et du Talmud sont clairement des paroles d’ hommes vivant dans entre le 2 e 5 e siècles après Jésus Christ. les formules bibliques familières sont absentes  « Et le Seigneur parla à Moïse en disant: » et « Ainsi parle le Seigneur ».
  • Dans le même ordre d’idée, les karaïtes considèrent que la Torah orale contredit en de nombreux endroits la Torah écrite, ce qui serait impossible si elles étaient issues de la même source divine. De façon plus indirecte, les karaïtes ne peuvent admettre qu’une tradition reçue de Dieu puisse faire l’objet de tant de variations et de disputes. Les nombreux commentaires, parfois divergents, que suscite la Torah orale ou ses rapports avec la Torah écrite leur semblent un indice d’imperfection, contradictoire avec l’origine divine de la loi orale.
  • Enfin, la Torah orale s’enrichit continuellement de nombreux commentaires, lesquels se basent sur des commentaires plus anciens, mais pas directement sur la Torah écrite telle qu’elle a été donnée. L’homme étant sujet à l’erreur, les commentaires des rabbins actuels pourraient se baser sur des erreurs, qui iraient alors en s’accumulant.

 

¹ : Membres d’une secte juive en activité en Judée pendant la période du Second Temple (iie siècle av. J.-C.ier siècle). Leur courant de pensée est appelé « pharisaïsme » ou « pharisianisme ». De nombreux enseignements des pharisiens sont incorporés à la tradition rabbinique. Ils se distinguent notamment par le recours à la Torah orale pour fixer la loi juive.

²: Membres d’un des quatre grands courants du judaïsme en activité, entre le iie siècle av. J.-C. et le ier siècleElle fait également référence aux membres du clergé à l’époque du Premier Temple de Jérusalem (dont le Grand Prêtre était Sadoq) Les sadducéens rejettent l’interprétation de la Torah faite par les pharisiens et plus exactement le Talmud qui s’ensuit.

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